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22 janvier 2015 4 22 /01 /janvier /2015 18:12

Allez, les enfants, aujourd'hui c'est la récré, on fait de la fiction :

Quel crétin, ce Guillaume,

non mais quel crétin

C'est peut-être bien mon marri,

mais quel crétin .

Il arrive à Morlaix, il est une heure du matin.

Dans sa voiture, bruyante comme tout.

Il est crevé, esquinté, il ne tient plus debout.

Et le voilà qui m'engueule, avec sa voix sourde, froide ,

qui me reproche de coucher avec Quéméneur,

que le Quéméneur, il ne couchera plus avec personne,

parce que le Quéméneur, il est mort

et que....

et que...

Et le Guillaume, le voilà pas qu'il s'effondre, se met à chialer comme une fille

et qui crie

et qui pleure

et qui crie et qui pleure encore et qui crie des trucs que je ne comprend pas

et que ça ne s'arrête pas.

Des hurlements de cheval blessé.

Et puis des mots, dans un désordre...entre des sanglots ; des silences, des bavements.

Des mots...

J'allais le piéger, ce salaud

on avait monté le coup

il allait raquer

tout son fric

c'était bien fait

un salaud comme lui

le fumier, l'ordure

me faire ça à moi

t'es quand même ma femme

ça a duré deux heures,

j'ai rien dit, ou pas grand chose.

Dans ma chemise, un châle sur les épaules, j'avais froid,

j'étais raide,

l'estomac hors de moi.

Je pensais tout le temps « Quel crétin, non mais quel crétin »

J'ai fini par lui mettre la main sur la sienne,

à la caresser.

Ça a calmé ses débordements

Ça a calmé sa folie

J'ai continué

On a continué

Jusqu'à ce qu'il explose , doucement, lentement, délicieusement en moi.

On a pleuré . On a parlé . Lui, a parlé, moi, beaucoup moins.

Il m'a dit que depuis des mois, ce qu'on disait autour de nous, Quéméneur trop souvent à la maison, les allusions qu'elles faisaient, les bonnes-femmes, il y avait cru,

dans sa tête, ça avait fait du mélange, du vomis : « les salauds, je vais les tuer...Marie-Jeanne, elle ferait pas ça...le fumier, il croit qu'il l'aura comme une traînée »...

et puis tout,

tout ça, des folies...

« je vais le faire payer »...

Guillaume m'a raconté ses singeries avec Valoris, un type que De Jaegher lui avait fait rencontré, . Ils lui avaient raconté des histoires sur la vente des voitures à Paris, un truc où lui et Quéméneur avaient déjà trafiqué autour des stocks , « beaucoup de pognon, et ben , ça redémare » et puis des adresses qu'on pique à un autre escroc qui essaie de pigeonner Quéméneur. « Il va cracher, le salaud »

On va à Paris.

Ben non, ça a mal tourné : près de Paris, fatigués. Dispute. Guillaume me met sur le tapis. Pierre, ça lui tourne les sangs. On s'égare. On s’arrête. Les mots , encore les mots, de plus en plus assassins. Les coups partent, pleuvent. Pierrot s'effondre. Mort.

« -Tu comprends, j'savais plus quoi faire...je suis rentré...

-et lui ?

-il est dans la voiture »

Quel crétin !!

Non mais quel crétin !!!

J'ai du faire, agir, seule. Seule à réfléchir . Seule à imaginer la suite, à voir l'avenir.

J'étais déterminée. Une détermination que j'avais déjà connue mais cette fois là , sans limite.On devait absolument s'en sortir.

Guillaume a suivi, comme un petit mouton.

On a brûlé le corps dans la chaudière. J'ai dit à Guillaume d'aller au Havre faire croire que Quéméneur s'y était rendu. Il y est allé avec la valise qu'il devait abandonner dans la gare. Il y a fait un faux télégramme. C 'est là que j'ai appris qu'ils avaient aussi manigancé pour un papier qui nous rendait propriétaire de Traou-nez. Va pour le papier, qu'on a glissé dans la valise, avec des fausses signatures . On y a mis aussi le carnet des dépenses, traficoté lui aussi, et le portefeuille. C'était mouillé, ça avait pris l'eau, en traînant par terre, je ne sais plus où.

Valoris, entre temps, avait essayé de toucher un chèque à Paris . Ça avait raté.

Ce crétin de Guillaume revient à Morlaix avec une machine à écrire qu'il a achetée au Havre pour qu’on refasse les promesses de vente. N'importe quoi. Mais vraiment n'importe quoi !

Et puis, il est convoqué par la police. Je coud vite dans sa veste de l'argent, des gros billets qu'on avait trouvé dans le portefeuille de Quéméneur ? Ça pourrait lui servir, et lui , ce crétin , il laisse dans sa valise, les brouillons que je lui avait faits pour le carnet des dépenses... Encore n'importe quoi .

Je ne sais pas, mais devant tout ce qui nous attend, je me dis que ça va être très difficile.

J'ai pitié de lui

oui, pitié...

ça me fait pleurer

Quéméneur ? Un prétentieux que j'aurai mieux fait de ne pas rencontrer.

Ça ne me fait pas pleurer.

Tous ces dollars....finalement ils ont fondu bien vite...les dettes...beaucoup trop de dettes.

Ça me fait pleurer aussi.

Mes enfants.
Ils me donnent la force.

Pour avancer.

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Published by skeptikos
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commentaires

Gari 24/01/2015 22:30

Et bien sur, en bonne épouse, la tête pensante laisse la machine à écrire sur les lieux

skeptikos 26/01/2015 18:56

En fait, c'est Jenny qui n'a pas voulu qu'on l'abandonne dans le bureau de son frère...(humour)

LaLangellière 22/01/2015 21:10

Vous m'avez fait beaucoup rire... Et cela n'a pas de prix...

LaLangellière 24/01/2015 08:40

L"humour s'est fait la malle depuis l'annonce faite à Marie d'un accouchement le 12 février prochain. Entretemps, il y a la Chandeleur, on peut toujours espérer un peu de lumière dans les obscurités ambiantes... On peut toujours espérer....

skeptikos 22/01/2015 21:33

le plus drôle, c'est que c'est la solution qui colle le mieux avec tout ce qu'on sait. Moi, ça me ferait encore plus rire si c'est ce que va nous raconter Denis Langlois dans quelques semaines....il est vrai que sans mon style inimitable, ça fera.... comment dire..., un peu....miteux ?

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