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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 14:52

On a trouvé aussi que ce sous-secrétariat avait été institué par Klotz, alors ministre des finances, par un décret du 26 décembre 1918. Son champs de compétence concernait la liquidation des stocks militaires français, les prises sur les armées allemandes et les stocks en provenance de l’armée américaine. Il s’agissait bien de liquidation. En effet, pour les stocks d’origine française, l’arrêt des hostilités stoppait les besoins et l’avance en matériel et munitions ne pouvait trouver un écoulement suffisant dans les campagnes militaires encore actives comme le Maroc, la Pologne ou la Russie.  De plus, les principales hostilités ayant eu lieu sur le sol français, le gros des prises de guerre d’origine allemande était laissé à la France . Enfin le stock américain était constitué de ce que les forces américaines ne voulaient pas réexpédier aux USA, c’est-à-dire denrées, équipement, et surtout matériel de transport. Je vous informe ici qu’il ne s’agit pas d’armement. En effet, les chars, l’artillerie, les munitions et quelques avions furent fournis par l’industrie française et facturés aux USA.

 

C’est là un premier problème. Car, quand je vais retrouver des chiffres , des « bilans » financiers, je ne saurai jamais de quoi il s’agit pour bien distinguer ce qui est de provenance américaine et j’ai le sentiment que ceux qui citeront les quelques « statistiques » dont on dispose n’ont pas perçu cet écueil.

 

De l’activité de ce sous-secrétariat, je n’ai pas retrouvé grand-chose sur Internet et ailleurs. On voit de ci de là des ventes diverses de matériel : les plus connues sont dans des petites annonces insérées dans la presse : là une vente de camions, par dix ou douze au parc de Vincennes, là une vente de voitures, toujours par petite quantité et puis divers matériels sans grande valeur. J’ai retrouvé dans des comptes municipaux l’achat d’obus pour ornementer les monuments aux morts,( d’autre fois c’est gratuit !?), enfin , rien de bien intéressant. Par contre, on nous raconte que ce fut un gabegie énorme, les entrepôts étaient pillés, les sorties mal comptabilisées et les pertes, par manque total de protection, incalculables. La presse ne s’en fit pas vraiment écho sur le moment mais elle l’affirmera a posteriori, « dénonçant » des responsables qui, bien entendu, ne portent pas de nom. Les régions sinistrées (- l’Est) se trouvèrent sûrement les premières bénéficiaires des biens de première urgence telles que denrées, matériaux de construction ou matériels de transport mais, dans les difficultés qui suivaient les lendemains de l’armistice, il faut bien reconnaître que les administrations avaient autre chose à faire que de tenir des comptabilités et de remplir des états et encore moins de les archiver. On peut se rendre compte de la difficulté de contrôler les choses en les comparant à ce qui se passa pour les dédommagements de fait de guerre, qui bien que soumis à une réglementation très précise, entraînèrent des abus innombrables qui furent plus ou moins réprimés dans les années qui suivirent mais donnèrent à l’opinion publique une bien triste idée du comportement de certains dans ces temps difficiles. A ce propos, des scandales éclataient chaque jour, sans que l’on sache trop quelle était la part d’un de nos sport favoris , la calomnie. Dans la même veine, il y avait les profits de guerre, avec sa kyrielle de nouveaux riches et de jaloux mais là, nous serons obligés de vous reprendre l’attention sur cette leçon très particulière.

 

Il faudra attendre une bonne dizaine d’années pour que les choses ressortent. Et encore. Il fallut que la France se trouvât dans une impasse, celle de devoir payer ses dettes envers les Etats-Unis, celles consécutives à ses emprunts et ses achats pour alimenter la machine de guerre entre 1914 et 1918 et faire payer à l’Allemagne les dommages qui avaient été décidés par le Traité de Versailles et résultaient d’une obsession du gouvernement Clémenceau. Le chiffre de ces dommages était –il justifié ? Ce n’est peut-être pas la question  mais il était, pour sûr, contesté par les Alliés , et les Américains refusèrent de ratifier le traité. On aligna conférences et palabres ou les Américains imposèrent leurs vues tant et si bien que la France se retrouva plus que lésée et l’Allemagne en position de faire un bras d’honneur dès qu’on lui réclamait des sous. Les choses étaient telles que, l’un des dédommagement étant prévue en fourniture de charbon par les mines de la Rhure, ce fut le gouvernement français qui se vit obligé de payer les mineurs allemands afin que la production ne fut pas suspendue. On tombait dans l’absurde. Mais qui s’en rendait compte ? En attendant, le parlement s’inquiétait de la situation financière et cherchait les raisons de l’échec du traité dans les clauses secrètes de sa négociation, d’où des commissions qui pressaient de question les acteurs survivants. Les comptes rendus de ces questionnements ne dépassaient guère le cercle restreint des politiciens et il faut en rechercher trace dans la presse très spécialisée , dite parlementaire.

 

Dans notre cas très précis, on trouve un exposé de la négociation sur l’achat des stocks américains en 1919 et ce dans un article de 1927 écrit par son principal responsable français.

 

Ici une parenthèse qui me vient, comme ça :

L’histoire de la « Grande » guerre n’a pas été écrite pendant des années : il fallait se contenter de ce qui pouvait servir à la légende du poilu et de la France en douleur. Le reste…faudra attendre. Et ça commence à venir. Mais les lendemains, les conséquences immédiates, alors là … que dal. Du 11 novembre 1918 au 8 mai 1945, il n’y a qu’une vérité : la gloire du poilu et la cruauté du boche. Il fallait bien que cette exaltation de la gloire de nos troufions dissimule cet égorgement de millions d’hommes fait sans trop d’état d’âme par des généraux incapables et prétentieux, l’inutilité du sacrifice à peine consenti et la folie d’un « jusqu’au boutisme » que les politiques étaient incapables de contrôler. Une sorte d’abrutissement collectif saisit alors la pensée et la réflexion : honorer nos morts et nos « gueules cassées » fut peut-être le seul acte autorisé pour prolonger le souvenir de cette guerre.

 Le complémentaire a sombré dans le naufrage qui a englouti la III° république dont on ne perçoit plus que les scandales politico-financiers , les prurits parlementaires et la monté du péril fasciste. On appelle ça les « années folles » et ça suffit bien.

Alors, s’informer sur les petits détails qui se déroulaient par derrière l’écran du grand pavoisement patriotique, demeure encore de nos jours une rude épreuve pour le citoyen lambda.

 

Fin de la parenthèse.

 

Je vous dit en gros sur que révèle le texte : les américains trouvèrent plus expéditif de fourguer leurs marchandises sur place plutôt que de la rembarquer vers leur pays. Par ailleurs, la France avait un besoin urgent de pas mal de ces marchandises et donc les intérêts de chacun se trouvant en concordance, une négociation fut entreprise. Mais les américains exigèrent de faire acheter la camelote au prix fort, ce qui ne fut pas admis longtemps, puis de vendre le tout d’un bloc sur une estimation globale, obligatoirement en $ US, qui fut âprement discutée et on arriva à un accord, arraché à la France , acculée à ses nécessités, qui précisait qu’il s’agissait d’un traité commercial et non d’une rallonge aux dettes de guerre. Ce point signifiait que le paiement devait être quasi immédiat. Bien sur, la France n’en avait pas le premier rond. Qu’à cela ne tienne, les étatsuniens lui prêtent l’argent sous forme d’un nouvel emprunt, toujours en $, à remboursement différé. Le montant ? 400 millions soit 2 900 millions de francs de 1919. Au moment du début du remboursement, en 1929, et en raison de la perte de vitesse du franc, cela se traduira par le chiffre de 10 000 millions de francs ! Mais on saura par le même article que la revente ne sera pas si facile mais qu’ elle produisit 3 320 millions, soit un bénéfice comptable de 420 millions, ce qui n’échappa pas à la commission américaine.

 

Ainsi, on voit diverses choses à partir de là :

 

-la France fut contrainte d’acheter des surplus qui ne la concernait pas toujours, d’où, un certain gâchis pour nombres de marchandises,

-elle fut contrainte de se fixer sur le dollar comme monnaie de référence, ce qui dès l’époque ne pouvait lui être que défavorable

-ce type d’accord permit au gouvernement de revendre un bien qu’elle n’avait pas encore payé. Opération que certains parlementaires qualifièrent de carambouille quand ils surent le fin mot de l’affaire à partir de 1927 et leur donnèrent l’occasion de jouer leur rôle ordinaire de vierges effarouchées.

 

Mais qu’en était-il de la vente ? Très difficile de le savoir. Je vous ai dit qu’on retrouve ça et la des traces très partielles d’annonces de vente aux particuliers dans la presse de 1919 et il ne s’agit pas particulièrement de matériel américain. J’ai retrouvé aussi qu’ une minuscule compagnie de chemin de fer de Saint-Brieuc s’était offert deux petites locomotives et que la nouvelle Société aérienne Latécoer avait acheté 22 avions réformés de marque Bréguet .

 

En fait, on ne peut, faute de documentation que se livrer à des hypothèses. Une partie du matériel de transport ferroviaire fut sans doute repris directement par l’état au bénéfice des compagnies de chemin de fer, une partie du matériel de transport automobile put être affecté à l’armé et la plus grande part revendu aux particuliers, les denrées, les vêtements, les textiles, le bois, les métaux, l’outillage, les machines vendues aux mercantis comme on disait dans ce temps là. On sait aussi qu’il y avait des biens « immobiliers » comme des installations très diverses de fabrication et de réparation. Leur sort ? pas trouvé.

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Published by skeptikos
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Berthe 11/04/2008 16:02

Sur le numéro spécial "Les Francs-Maçons" du Crapouillot (offert gracieusement par un Frère Trois Points), où les F.M. sont classés par "Ministères" on peut lire :
Ministère Clemenceau (16 novembre 1917) : Pichon (Affaires Etrangères), Klotz (Finances) Lafferre (Instruction Publique et Beaux-Arts).
MAIS : Ministère Briand (3 novembre 1910) : Klotz (Finances)
Ministère Caillaux (27 juin 1911) : Klotz (Finances)
Ministère Poincaré (14 janvier 1912) : Klotz (Finances)et....... Millerand (Guerre)
Ministère Briand (21 janvier 1913) ; Klotz (Finances)
Ministère Briand (reconduit le 18 février 1913) : Klotz (Finances)
Ministère Barthou (22 mars 1913) : Klotz (Intérieur)
Ministère Ribot (9 juin 1914) : Emile Chautemps (Marine)
Ministère du franc-maçon Viviani (26 août 1914) : Millerand (Guerre)
Ministère Painlevé (12 septembre 1917) : Klotz (Finances)

skeptikos 12/04/2008 11:14


Un grand merci pour vos précisions. Il me semble qu'il existe un site internet de la Franc-Maçonnerie qui confirme ou non l'appartenance aux loges de personnages connus.

Je reviendrai, sans doute, plus loin sur Polytechnique et Franc-Maçonnerie.



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